Le gêne du leadership

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Les avis sur le gêne du leadership sont tous divergents, certains y croient réellement d’autres le réfutent totalement, en cause le développement de la technologie et des sciences. À travers cet article nous allons tenter de démêler le vrai du faux concernant le sujet. 

Qu’est-ce que le gêne du leadership ?

Selon une étude scientifique, ce gène s’appelle rs4950. Surnommé le « gène du leadership », il augmenterait de 25% la probabilité d’un individu de devenir un dirigeant ou un leader reconnu. Leadership Quarterly est le premier site à avoir publié cette étude qui identifie ce phénomène de façon aussi significative. Pour prouver l’existence de ce gène, les chercheurs ont analysé des échantillons d'ADN auprès de plus de 4000 personnes. Ils les ont ensuite comparés à leurs situations professionnelles et à leur relation sociale.

D’autres scientifiques pensent que le leadership pourrait être lié à un autre gène, celui qui transporte la dopamine DAT1. Ce dernier renforcerait l’audace de ses détenteurs, leur capacité à remettre en cause l’ordre établi et augmenterait ainsi la possibilité qu’ils accèdent à de hautes responsabilités. Il existe différentes preuves de l’efficacité de ce gène notamment lorsque l’on reprend une certaine logique historique : les Médicis, les Rockefeller, les Bhutto, les Kennedy… Nous avons tous en tête des dynasties de rois, de présidents ou de patrons qui ont façonné l’histoire.

Le gêne du leadership à travers l’histoire

Le gène du leadership fait rêver, depuis les années 1960-1970, chaque génération s’est retrouvée confrontée dans le monde du travail à de nouveaux types de tests : de personnalité, de graphologie, de QI et même de « Quotient Émotionnel »… Sans qu’aucun ne se révèle d’ailleurs être, à l’épreuve de la réalité, un outil prédictif fiable.

L’idée d’un « leadership inné » perdure depuis les années 1970, elle est à rapprocher de la théorie, encore plus ancienne, « du grand homme », à la frontière du darwinisme et de l’eugénisme. Cette théorie tente en effet d’expliquer l’histoire par l’action de quelques hommes providentiels.

Ces découvertes scientifiques viennent donc raviver de vieux débats, entre deux idées celle du « leadership inné » et celle du « leadership contextuel » qui développe l’idée qu’on ne naît pas leader mais qu’on le devient, en fonction des circonstances et de l’environnement dans lequel on évolue. La meilleure illustration de ce cas est l’ex premier ministre anglais Winston Churchill : c’est dans le contexte exceptionnel de la Seconde Guerre mondiale que son leadership s’est révélé.

Par ailleurs, le professeur Wen-Dong Li qui a mené l’étude sur le gène DAT1 insiste bien que ce gène peut-être aussi bien un avantage qu’un désavantage. Le goût de l’audace et de la transgression des règles qu’il transmet peut induire des effets positifs autant que négatifs, selon l’environnement et l’entourage de la personne concernée. Autrement dit, une fois de plus l’acquis est bien le facteur déterminant qui permet de révéler ou non les aptitudes innées de chaque individu.

On constate qu’il y a de longues lignées de leaders mais au-delà de ces facteurs génétiques, ce sont bien plus l’environnement intellectuel stimulant, les relations sociales et l’aisance financière qu’elles procurent, qui facilitent la perpétuation de ces « dynasties dirigeantes ». En matière de leadership, rien ne semble réellement prouvé pour toujours. Prenons l’exemple de Greta Thunberg. Cette jeune suédoise de 16 ans autiste Asperger, a réussi en quelques mois, a lancé un mouvement de mobilisation des jeunes pour l’urgence climatique. Or sa maladie ne la prédisposait pas à prendre la parole en public, pourtant elle est intervenue dans les médias, à la COP24 et même au forum de Davos devant un parterre de dirigeants.

Alors les cartes sont totalement redistribuées, les notions de gènes ou de « bien nés » perdent du terrain, en effet pour certains il suffit d’une certaine éducation ou de rencontres opportunes qui peuvent jouer sur le développement du leadership. Appelons cela hasard ou chance, faire les bonnes ou les mauvaises rencontres peut changer une vie et révéler un leader qui s’ignore.

Battre en brèche le mythe du mâle dominant

Derrière cette question de « leaders nés » apparait la question de notre perception du leadership et de ses qualités. Le mythe du « mâle alpha », naturellement charismatique et dominant en société, a bien vécu, il a même été totalement démantelé. En effet, on a remarqué que les meutes de loups fonctionnaient majoritairement de manière coopérative et collective contrairement à ce que l’on pensait. Aujourd’hui, la question que l’on peut se poser est « qu’est-ce qui fait un bon leader ? » La réponse à cette question est bien plus subjective qu’à l’époque où l’on privilégiait l’hypothèse d’un leadership inné. Tout d’abord ; chacun peut et doit se reconnaître en lui et dans son style de management. Le leader, c’est ensuite celui qui met en accord ses pratiques et ses convictions professionnelles avec son vécu et ses valeurs personnelles. A chacun sa recette donc, même s’il y a des ingrédients incontournables.

La force de conviction tout d’abord est essentielle : un leader est d’abord quelqu’un que l’on a envie de suivre. Pour son intelligence, parce que l’on est en accord avec sa vision, parce que l’on se sent profondément en confiance… Et parfois tout cela à la fois. Savoir construire la cohésion du groupe autour de soi est capital pour mettre en place la stratégie que l’on compte mettre en œuvre.

L’expérience continue d’être un facteur déterminant pour être bon leader. Dire cela à l’époque des Y boards, du mentorat inversé et des startupers triomphants devient presque transgressif. Pourtant, si cette expérience s’accompagne non pas de certitudes, mais d’une capacité à écouter les idées neuves, à questionner l’ordre établi et à partager son savoir et sa vision des choses, elle est indéniablement une force.